À propos de

Je m’intéresse à l’hybridation parce que les natures du monde et de l’homme sont hybrides. Hybride comme un point de départ logique, comme réalité pour un avenir. Je pourrais intellectualiser mon travail par l’idée de «créolisation», des signes et des symboles de l’art contemporain. Je suis moi-même un paradoxe vivant, ma nature dévorant ma culture, et ma culture étouffant ma nature. Toutes mes pulsions alimentent ma culture et mes interdits. Mes désirs tuent mes peurs, objet ou sujet du désir, mythologie contemporaine du Dr Jekyll et Mr Hyde… Ma culture milite et ma nature ronge…

Mais l’hybridation n’est pas l’essentiel de mon travail, comme une sorte d’attitude systématique avec les matériaux. Je désire aboutir à des formes autonomes, dont les origines composites n’en seraient plus que des fantômes formels. Je cherche à construire des formes qui se détachent de leurs référents. J’aspire à un travail toujours en transformation, toujours en construction, parce qu’il me semble que le « contemporain » ne peut l’être que dans ce mouvement.

J’aime l’idée que les formes tendent vers leurs propres déformations, vers un état de plus en plus approché mais jamais atteint, de l’informe, infini imaginable comme le présent de toute matière. Chaque chose découle d’autres, et s’étire vers ses propres distorsions, de cet état où le processus de transformation joue le rôle de la structure de chaque objet, de chaque idée, de chaque geste.

L’expérimentation est essentielle. Je souhaite que la nature formelle de mon travail fasse référence au geste comme système de pensée, et de la «créolisation» comme générateur.